La voie des émotions : comment les gérer
- Deroubaix Marina
- il y a 17 heures
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On pense souvent que nos émotions sont trop présentes, trop intenses, qu’on aimerait apprendre à les gérer, voire à les contrôler. On voudrait devenir des maîtres zen, tellement zen qu’on ne se mettrait jamais en colère, qu’on ne serait plus jamais triste et qu’on resterait en paix quelles que soient les circonstances.
Gérer ses émotions deviendrait alors un tour de magie : on les fait disparaître, et le problème est réglé. Plus de colère, plus de peur, plus de tristesse… Plus rien à gérer !
Mais est-ce vraiment cela, gérer ses émotions ?
Gérer ne veut pas dire faire disparaître. Dans la vie quotidienne, gérer une situation ne consiste pas nécessairement à la supprimer. C’est plutôt prendre le temps de comprendre ce qu’il se passe, d’évaluer ce qui est important et de choisir comment agir.
Pour les émotions, c’est un peu la même chose. Avant de chercher à les faire taire, on peut commencer par se demander : « Qu’est-ce que je ressens ? Qu’est-ce qu'il se passe pour moi ? »
Lorsqu’une personne vient nous voir avec un problème et nous demande de l’aide, notre première réaction est généralement de lui demander ce qu’il se passe. On ne va pas lui dire de se taire pour que son problème disparaisse. On va l’écouter, essayer de comprendre, peut-être réfléchir avec elle à ce qu’elle souhaite faire.
L’idée serait donc d’accorder cette même attention à nos émotions, car une émotion est une information à écouter, pas un ordre auquel obéir.
Nos émotions nous renseignent sur la manière dont nous vivons une situation. La peur peut nous signaler un danger, réel ou anticipé. La colère peut apparaître lorsque nous percevons une injustice ou qu’une limite importante pour nous semble franchie. La tristesse peut accompagner une perte, une déception ou un besoin de réconfort.
Cela ne signifie pas que chaque émotion possède un message unique qu’il suffirait de décoder. Une émotion peut avoir plusieurs causes, et on ne comprend pas toujours immédiatement pourquoi elle est là. Mais elle nous donne une information précieuse : quelque chose se passe en nous et mérite peut-être notre attention.
Et surtout, ressentir une émotion ne nous oblige pas à agir sous son impulsion. Je peux ressentir de la colère sans crier. Je peux avoir peur sans renoncer. Je peux être triste sans devoir immédiatement trouver une solution.
C’est là que la gestion des émotions prend tout son sens : reconnaître ce que je ressens, sans laisser automatiquement cette émotion décider de mon comportement.
Accueillir ne veut pas dire tout ressentir, tout de suite. Il n’est pas toujours possible, ni même souhaitable, de s’occuper d’une émotion au moment précis où elle apparaît. Vous pouvez être au travail, au milieu d’une conversation importante, ou simplement ne pas vous sentir suffisamment disponible pour lui accorder votre attention.Vous pouvez alors choisir de revenir vers elle plus tard, dans un endroit calme, lorsque vous vous sentirez davantage en sécurité.
C’est un peu comme recevoir un texto important sur votre téléphone. Vous voyez qu’il est arrivé, vous savez qu’il mérite votre attention, mais vous pouvez attendre d’être tranquille pour le lire et y répondre. L’idée n’est pas de faire comme s’il n’existait pas, mais de choisir un moment où vous serez plus disponible pour vous en occuper.
Il en va de même pour les émotions. Vous pouvez vous dire : « Je sens que quelque chose me touche, mais je ne suis pas disponible pour m’en occuper maintenant. J’y reviendrai lorsque je serai au calme. » Ce n’est pas nécessairement de l’évitement. Cela peut aussi être une manière de prendre soin de vous et de réguler ce que vous ressentez.
Par exemple, si une personne vous fait une remarque qui vous blesse et que vous sentez la colère monter. Vous pourriez chercher à l’étouffer immédiatement : « Ce n’est rien, je ne devrais pas me mettre en colère. », ou vous pourriez aussi réagir sous le coup de l’émotion et lui répondre agressivement. Mais vous pouvez également prendre un instant pour reconnaître ce qu’il se passe : « Cette remarque m’a blessé(e). Je suis en colère parce que j’ai l’impression qu’une limite a été franchie. »
À partir de là, plusieurs possibilités s’offrent à vous. Vous pouvez décider d’en parler calmement, de poser une limite, de prendre de la distance ou simplement de ne pas répondre sur le moment. L’émotion n’a pas disparu par magie. Elle vous a permis de mieux comprendre ce qui se passait pour vous, et vous avez choisi ce que vous souhaitiez en faire.
C’est cela, gérer une émotion : ne pas chercher à contrôler ce que l’on ressent à tout prix, mais retrouver une marge de choix dans la manière dont on y répond.
Il n’y a pas une seule bonne manière de faire. Certaines personnes ont besoin de parler, d’autres d’écrire, de marcher, de respirer, de pleurer ou de s’isoler un moment. Parfois, comprendre l’origine d’une émotion aide à l’apaiser. D’autres fois, il faut d’abord retrouver un peu de calme avant de pouvoir y réfléchir. Il n’y a pas une méthode unique qui conviendrait à tout le monde, ni une obligation de comprendre parfaitement chaque émotion pour pouvoir avancer.
L’essentiel est de développer une relation plus souple avec ce que vous ressentez : apprendre à reconnaître vos émotions, leur donner une place lorsqu’elles se présentent, et découvrir progressivement ce qui vous aide à les traverser.
Finalement, le but de la gestion des émotions n’est pas de devenir quelqu’un qui ne ressent plus rien mais de pouvoir ressentir pleinement ce qui fait partie de notre expérience humaine, sans être systématiquement débordé(e) par ce que l’on ressent.
Gérer ses émotions, ce n’est pas apprendre à ne plus en avoir, c’est apprendre à vivre avec elles, sans qu’elles ne prennent toute la place.



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