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L'anxiété ne demande pas plus de confiance mais plus de calme

  • Photo du rédacteur: Deroubaix Marina
    Deroubaix Marina
  • il y a 1 jour
  • 4 min de lecture
Illustration représentant une personne courbée sous le poids d’une grosse pierre marquée « anxiété ». Devant elle, un chemin de pas japonais indique les étapes « calme », « sécurité » et « expérience », menant vers une grande montagne au loin sur laquelle est écrit « confiance en soi ».
Quand l’anxiété pèse lourd, viser directement la confiance en soi peut sembler impossible; parfois, le chemin commence par le calme, la sécurité, puis l’expérience.

On associe souvent l’anxiété au manque de confiance en soi, comme si l’un expliquait forcément l’autre. Comme si, lorsqu’on se sent anxieux(se), c’était nécessairement parce qu’on ne croit pas assez en soi, qu’on manque de confiance, et que la solution serait alors évidente : il faudrait simplement apprendre à avoir davantage confiance.


Mais peut-être que le problème est mal posé car l’inverse de l’anxiété n’est pas la confiance mais le calme. Et l’inverse de la confiance n’est pas l’anxiété mais la méfiance, ou la défiance.


Cette distinction peut sembler subtile, mais elle change beaucoup de choses.


L’anxiété est un état d’alerte : c’est le signe d’un système nerveux qui s’active, qui anticipe, qui cherche à éviter un danger, qu’il soit réel ou supposé. Le mental tourne, le corps se tend, la respiration peut se raccourcir, les pensées s’accélèrent ; et même lorsque rien ne se passe concrètement dans l’instant, quelque chose en nous se prépare comme si une menace était là.


Le calme, lui, n’est pas forcément l’absence totale de difficulté. Ce n’est pas vivre dans un état de paix permanente, sans inconfort ni incertitude, tel un maître Zen. C’est plutôt la capacité à revenir dans une forme de présence, de sentir que, là maintenant, on peut respirer et qu’on peut rester avec ce qui se passe, sans avoir besoin de mobiliser toutes ses forces pour se défendre.


La confiance appartient à un autre registre.


Faire confiance, à soi, à l’autre ou à la vie, c’est accepter une part d’incertitude sans chercher à tout contrôler. C’est pouvoir se dire : “Je ne sais pas exactement comment les choses vont se passer, mais je peux avancer.” C’est une forme d’ouverture.


La méfiance ou la défiance, à l’inverse, limitent cette ouverture. Elles disent : “Attention, il faut vérifier, se protéger, anticiper, garder le contrôle.” Elles ne sont pas forcément mauvaises en soi : la méfiance peut être utile quand il y a un vrai danger ou quand quelque chose mérite d’être observé avec prudence. Mais lorsqu’elle devient permanente, elle finit par rendre toute expérience suspecte, tout inconnu menaçant, toute tentative risquée.


On parle donc finalement de deux expériences très différentes, deux boucles, l’une infernale et l’autre vertueuse.


D’un côté : méfiance et anxiété, qui peuvent se traduire en "je ne me sens pas en sécurité, donc je surveille. Je surveille, donc mon système reste en alerte. Mon système reste en alerte, donc je perçois encore plus facilement le danger. Et plus je perçois le danger, plus il devient difficile de faire confiance.


De l’autre : calme et confiance, qui peuvent se traduire en "je retrouve un peu de sécurité intérieure, donc mon corps peut redescendre d’un cran. En redescendant, je peux regarder la situation avec plus de recul. Je peux essayer, expérimenter, faire un petit pas. Et cette expérience vient nourrir ma confiance.


La confiance en soi n’est peut-être pas toujours le moyen de sortir de l’anxiété, elle peut aussi être le résultat de ce qui devient possible une fois que l’anxiété s’apaise.


La question ne serait alors pas “Comment faire pour avoir confiance en moi ?”

Cette question est souvent immense, trop vague, presque intimidante : elle peut ressembler à une montagne à gravir d’un seul coup.


Une question plus accessible serait peut-être :“Qu’est-ce qui pourrait m’aider à me sentir un peu plus calme ?”


Ou encore :“Qu’est-ce qui met mon corps en sécurité ?”“Quelles personnes, quels lieux, quelles situations ou quelles actions m’apaisent ?”“De quoi ai-je besoin pour redescendre d’un cran ?”


Ces questions permettent d’intégrer que l’anxiété n’est pas seulement une croyance, elle n’est pas uniquement le produit d’un mental qui tourne trop vite. C’est aussi un état du corps.


On peut se répéter mentalement que tout va bien, que l’on est capable, qu’il n’y a pas de raison d’avoir peur. Mais si le corps, lui, reste en alerte, crispé, tendu, prêt à se défendre, alors la pensée peut sonner faux. Ce n’est pas un échec, ni un manque de volonté de ne pas réussir à s’auto-convaincre qu’on devrait avoir plus confiance : c’est simplement parfois le signe que le corps n’est pas encore convaincu.


La confiance ne se construit donc pas seulement avec des pensées plus positives, elle se construit aussi avec des expériences corporelles de sécurité.


Ces expériences peuvent prendre de multiples formes : respirer plus lentement, relâcher sa mâchoire et ses épaules, marcher, bouger, revenir aux sensations présentes, être avec une personne sécurisante, être dans un cadre qui nous rassure, se donner le droit de faire petit plutôt que parfait.


Il ne s’agit pas de tout résoudre d’un coup mais de trouver une première marche assez stable pour nous aider à gravir la deuxième, puis la troisième.


Quand l’anxiété ressemble à une montagne impossible à gravir, viser directement “la confiance en soi” peut sembler décourageant. Mais chercher ce qui ramène un peu de calme en nous devient un objectif plus concret, plus atteignable.


Et depuis ce calme, même partiel, quelque chose devient possible : on peut regarder la situation autrement, prendre du recul, on peut faire un pas, on peut essayer quelque chose que l’on s’interdisait jusque-là, laisser vivre notre curiosité naturelle. On peut vivre une expérience nouvelle sans avoir besoin d’être parfaitement sûr(e) de soi.


Et cette expérience devient une preuve intérieure de que l’on peut faire :

“Je l’ai fait” (et non pas « j’ai réussi » ou « j’ai échoué », juste « je l’ai fait »)

“J’ai pu rester présent(e).” (et non pas « j’ai passé un moment extraordinaire et ressenti une joie incommensurable », juste « j’ai pu rester présent(e))

“J’ai traversé cette situation.” (et non pas...vous avez compris le principe)


Puis on glisse vers : “Je peux peut-être recommencer.”


C’est ainsi que la boucle vertueuse peut commencer : le calme rend l’expérience possible, l’expérience nourrit la confiance et la confiance, peu à peu, rend le calme plus accessible.


Ne vous demandez donc pas “Comment faire pour avoir confiance en moi ?” mais demandez-vous plutôt :“Qu’est-ce qui m’aiderait à me sentir suffisamment en sécurité pour essayer ?”


La confiance n’est pas forcément le remède direct à l’anxiété

mais plutôt le produit de sa diminution : quand le corps retrouve assez de sécurité pour se calmer et oser expérimenter, alors la confiance peut réapparaître.


 
 
 

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